Squier ’60s Jazzmaster Classic Vibe

Commandée en début d’année, il m’aura fallu plusieurs mois de patience avant d’enfin recevoir hier cette Jazzmaster de la série Classic Vibe chez Squier. Après la Precision, la Jazzbass et la Stratocaster ’60s c’est le quatrième instrument de cette gamme que j’acquière et la satisfaction est à chaque fois au rendez-vous. Cette fois-ci pourtant il s’agit d’un modèle moins plébiscité mais dès les premières notes le charme opère par le caractère très typé de cette guitare. Et ça tombe bien car c’est à chaque fois ce que je cherche dans la série Classic Vibe !

Pour moi les guitares c’est un peu comme les appareils photo et je préfère les 24×36 avec du grain que les boîtiers hyper propres qui produisent des photos cliniques et sans défaut. Il n’y a donc rien de plus que je déteste qu’un instrument neutre, lisse et sans caractère comme… l’entrée de gamme Fender ! Et de ce point de vue là aucun des modèles Classic Vibe que j’ai essayés ne m’a jamais déçu. Aussi quand j’ai vu que Fender/Squier annonçait en début d’année la ’60s Jazzmaster dans cette série j’ai passé commande aussitôt sans me poser de questions. Finalement reçue hier après quelques mois d’attente, j’ai enfin pu apprécier ce que ce modèle avait dans le ventre.

Première impression

Le corps est un assemblage de plusieurs pièces de bois mais les grains sont assortis et il faut vraiment y prêter attention pour le remarquer. Le vernis du manche est toujours d’un ambré magnifique, les mécaniques sont les mêmes que sur ma Stratocaster Classic Vibe fiables et précises. Le système de montage des cordes, pourtant d’époque, est simple et très efficace et je préfère largement ça à des mécaniques à oeillets.

Comme tous les autres modèles qui me sont passés entre les mains la finition est excellente. Dès la sortie de boîte elle est jouable moyennant un accordage, le manche est bien réglé ainsi que le diapason. Comme je m’y attendais le tirant de corde d’usine est en 9/42 mais il est d’une qualité légèrement inférieure à ce qui équipe d’habitude les autres modèles de cette série que j’ai pu avoir entre les mains. Rien de bien rédhibitoire, ce n’est pas non plus du fil de fer barbelé, d’autant que la plupart du temps c’est la première chose qu’on change !

Je décide donc d’attaquer les révisions du répertoire du groupe et au bout de quelques minutes de ré-accordages incessants des cordes aigues je comprends que cette guitare n’est définitivement pas faite pour un tirant faible ! Evidemment avec ce genre de vibrato/chevalet ça zingue mais c’est surtout que le mi aigu ne tient pas du tout et il se produit des bruits bizarres, bref pour moi ça représente un vrai problème pour une séance de travail ou un concert. Je repense aux tirants montés à l’époque de la sortie de ce modèle (en 1958 on était plutôt sur du 12/54) et je me dis qu’un 11/52 serait parfait.

Allez hop, après avoir fouillé dans mon (large) stock de cordes, démontage des cordes, graissage de la touche avec de l’huile de citron, graissage des gorges du chevalet et du sillet, recentrage du guide corde de tête qui était un peu de travers, resserrage d’un quart de tour du manche, montage d’un tirant 11/52 et là : le nirvana ! Je trouve que les micros sonnent mieux, la tenue de l’accord est parfaite et on dirait bien que c’est fait pour. Sans revenir sur la genèse de ce modèle, Léo Fender visait le marché des guitaristes de jazz qui jouent souvent sur des tirants assez forts, pas surprenant que la guitare se porte mieux ainsi !

Prochain test in situ ce soir, en répétition à haut volume, c’est bien souvent comme ça qu’une guitare révèle sa vraie nature…

Quelques heures de répétitions plus tard…

Ce qui me frappe tout de suite en mettant cette six cordes en bandoulière c’est son ergonomie : tout tombe naturellement sous la main, l’équilibre du corps est parfait, la guitare ne bascule pas et inutile de soutenir le manche qui est par ailleurs confortable et accessible dans toutes les cases… pas besoin de bouger la guitare pour rendre plus aisé le jeu dans les aigus non plus. Côté main droite, elle repose sur le chevalet sans gêne, il n’y a rien de saillant qui empêche le poignet de bouger d’une corde à l’autre, le potard de volume est juste en dessous du micro aigu et permet des ajustements rapides et précis.

Le sélecteur trois positions est aussi à portée de main et se manipule plus facilement qu’un sélecteur cinq positions de Stratocaster ou trois positions de Telecaster dans le feu de l’action. L’autre bouton poussoir de sélection du circuit « rythm » qui se situe au dessus du micro grave est lui aussi facilement manipulable et accessible bien que je ne m’en sois servi que deux fois durant notre set. En résumé, sans être pour autant habitué aux contrôles de cette guitare, j’ai pu les manipuler assez intuitivement sans gêne au milieu des morceaux.

La guitare étant par ailleurs d’un poids raisonnable (corps en peuplier) avec des chanfreins judicieusement positionnés c’est sans conteste la plus confortable qu’il m’ait été donné de jouer. De ce point vue là c’est un modèle très réussi et il sort clairement du lot par rapport à de nombreuses autres guitares bien plus réputées.

Le seul véritable « défaut » d’ergonomie concerne le vibrato dont la tige assez longue retombe très bas quand on la lâche : pas facile d’aller la rechercher au beau milieu d’un solo nerveux sans perdre de temps !

A noter aussi une discrète « micro-frise » sur le mi aigu à hauteur de la 10ième case mais c’est systématiquement le cas en bord de manche à des degrés variables sur tous les modèles de toutes marques en dessous des 600 euros (un peu plus rarement au delà mais ça arrive aussi !) et cela se corrige très facilement ce qui me donne soudain l’idée d’un prochain article sur le sujet. Il faudra que je démonte toutes les cordes, règle le manche de façon totalement plane et ponce très légèrement la frette 11 au bord du manche. On est ici franchement sur du détail par rapport notamment à mon Epiphone Les Paul où là ça se produisait sur plusieurs cases et sur les deux cordes aigües…

Et l’électronique ?

La spécificité de cette guitare tient aussi beaucoup aux micros dont j’avais hâte de découvrir la vraie nature. Ils sont souvent confondus avec des P90 mais ils n’en sont pas ni en terme de conception ni en terme de son. Même s’il reste dans la tradition Fender, le son est effectivement typé et ne ressemble à rien d’autre.

J’ai cependant joué tout notre set avec cette Jazzmaster mais je la trouve au final beaucoup moins versatile qu’une Stratocaster. Attention c’est un ressenti et un avis personnel ! Bien sûr tous mes réglages de sons (effets + ampli) sont à la base pensés pour la Strat puisque c’est la guitare qui a servi à composer tous nos morceaux…

Par ailleurs, même si j’ai un peu corrigé l’égalisation ou l’overdrive le son un peu brut du Peavey Classic 30 sur lequel je joue avec un haut-parleur très « clean » n’est pas forcément toujours flatteur et manque de rondeur.

En fait la Jazzmaster excelle sur nos morceaux un peu crades, « overdrivés » et saturés mais s’en sort moins bien pour les sons clairs, toujours en comparant à une Strat. Ceux-ci sont moins ronds, plus agressifs (mais c’est peut-être dû à l’ampli) et lorsque j’essaye de les adoucir ils deviennent vite trop sourds et moins définis ce qui, cette fois, vient sans doute des potards plus que des micros (c’est un point facile à vérifier en jouant avec un égaliseur de studio). Le circuit « rythm » souffre du même défaut d’entrée de jeu et je n’en ai retiré aucun son clair satisfaisant, je le répète, avec mes réglages habituels. D’ailleurs, je me sers beaucoup du volume durant les morceaux et en dessous de huit, les aigus tombent d’un seul coup sans aucune nuance ce qui ne permet qu’un usage quasi binaire : « à donf » ou « sourd » ! Bien entendu quand on joue avec le volume toujours à fond on s’en tape un peu mais c’est très frustrant quand on a l’habitude de s’en servir pour nuancer certains passages…

 

Conclusion

L’ergonomie remarquable de la Jazzmaster en fait une très bonne guitare, la finition Classic Vibe reste un gage d’excellente qualité pour un tarif en dessous des 400 euros. Certes l’instrument ne prendra pas de valeur mais ce n’est pas du tout ce qui m’intéresse donc pour moi ça n’entre pas en ligne de compte. Je n’ai encore jamais eu besoin de changer quoi que ce soit sur les autres modèles Classic Vibe que je possède mais j’envisage tout de même sur celui-ci de remplacer un jour au moins les potards dont je trouve la réponse un peu trop abrupte et peu utilisable (voir ci-dessus) et éventuellement la valeur des condensateurs de tonalité. Par ailleurs le système vibrato/chevalet particulier fait que je recommande un tirant de corde assez fort pour stabiliser l’accordage mais ça n’a absolument rien à voir avec les mécaniques de tête qui jouent parfaitement leur rôle.

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